Rencontre avec Caroline Drouault, Les Éditions des Éléphants (décembre 2015)

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Ilo et Caro au Salon de Paris 2016Aujourd’hui, je vous invite à découvrir Les Éditions des Éléphants, une belle maison d’édition, très attrayante par la qualité de leurs ouvrages. Pendant le Salon du livre de Montreuil en décembre dernier, j’ai eu l’occasion de parler avec Caroline Drouault, l’une de deux éditrices.

Racontez-nous l’histoire de votre maison d’édition. Quelle était l’idée de départ et pourquoi ce nom des « Éléphants » ?

C’est Ilona Meyer qui a fondé la maison d’édition et je l’ai rejointe pour l’accompagner dans le développement du catalogue. Nos premiers titres sont sortis au printemps 2015.

Pourquoi ce nom ? D’abord parce que l’éléphant, c’est un animal très présent dans la culture enfantine. On le retrouve dans de nombreux albums, que ce soit Dumbo, Babar, ou, plus récemment, Elmer ou Pomélo. Mais surtout parce que l’éléphant est porteur de qualités positives, comme la force, l’intelligence, la mémoire ou la grâce.

Notre projet de départ était de développer un catalogue en résonance avec ces qualités positives : fort tant graphiquement que par le contenu de nos ouvrages, portés par une vraie force narrative et par les sujets qu’ils développent. Intelligent avec une partie plus documentaire : ce ne sont pas des documentaires au sens classique ou encyclopédique du terme, mais plutôt des beaux albums qui permettent d’entrer de façon ludique et joyeuse dans des sujets complexes. C’est ainsi que nous avons publié Microbscopique, autour d’un sujet scientifique, ou Cité Babel, autour des religions. La collection « Igor et Souky », elle, permet d’apprendre mille choses sur Paris, la France et ses monuments par le biais d’une histoire ; nous sommes là dans du « docu-fiction ».

Pour ce qui est de la mémoire de l’éléphant, elle rejoignait notre souhait de publier des ouvrages qui témoignent d’une époque ou d’un destin particulier ; c’est par le prisme du passé que nous pouvons mettre en perspective et mieux décrypter notre présent. Ainsi est née la collection « Mémoire d’éléphant ». Nos deux premiers titres de cette collection, Le Dernier Voyage et Avec trois brins de laine, rapportent des histoires vraies, dans des contextes où l’histoire est bien souvent bouleversée. Et dans ces périodes troubles, douloureuses, il ressort, parfois, de la beauté et de l’espoir.

Enfin, parmi les grandes qualités de l’éléphant que nous mettons en avant, il y a la grâce. L’éléphant est un animal très gracieux, extrêmement délicat. Cela se ressent dans nos illustrations empreintes d’une certaine douceur et qui sont, pour la plupart, réalisées à partir des techniques traditionnelles comme l’aquarelle, la peinture sur papier de riz, l’encre, la gravure sur bois ou sur cuivre… Ces techniques traditionnelles donnent une patte atemporelle à notre catalogue. Nos albums pourraient avoir été publiés il y a dix ans et ils pourront être encore lus dans vingt, trente ans, parce qu’ils ne répondent pas forcément à des modes.

Est-ce que l’on peut dire que vos titres s’adressent aussi aux adultes ?

Certains de nos ouvrages parlent autant aux enfants qu’aux adultes (quand je lis L’Amie, par exemple, je m’identifie tellement à la nourrice que je suis touchée au cœur !) mais nous nous adressons d’abord aux enfants. Pour nous, il est primordial que nos livres soient lisibles et compréhensibles par les enfants, nous sommes avant tout un éditeur pour la jeunesse. Nous sommes très vigilantes cependant à sélectionner des textes qui ne « bêtifient » pas sous prétexte qu’ils s’adressent aux enfants. Il est fondamental d’être exigeant sur le contenu, sur l’histoire, sur l’aspect littéraire du texte, tout en étant très proche de l’univers et de la voix de l’enfant.

A votre avis, quel est le livre pour enfants idéal ?

Pour moi, il doit nous toucher, qu’on soit enfant ou qu’on soit plus grand. Il faut qu’il y ait quelque chose qui appelle. C’est vrai que dans notre catalogue, nous n’avons pas toujours des livres qui nous font éclater de rire mais nous avons très souvent des livres qui génèrent une émotion. Outre l’exemple de L’Amie dont je parlais tout à l’heure, je pourrais citer L’Arbre de Noël ou Le Dernier Voyage, deux histoires qui n’ont rien à voir mais où, finalement, l’amour sauve de tout. Il faut qu’effectivement le texte nous touche, que les illustrations soient en totale adéquation avec l’univers de l’auteur, que le choix du papier et du format subliment le projet. Après, il faut que le tout soit cohérent avec le reste du catalogue. Je pense que nous avons vraiment réussi cette première année en ayant donné à notre catalogue une certaine unité, tant par nos choix graphiques que par notre ligne, humaniste, qui ouvre aux autres, au monde, à la différence, au respect.

Le dernier album documentaire, Cité Babel, a eu beaucoup de résonance dans les médias. A quoi doit-il son succès ?

Je pense qu’il répond, d’abord, à une attente. Nous nous sommes rendu compte à sa sortie qu’il y avait une grosse attente sur le sujet des religions. Mais il a aussi été remarqué pour son format original : c’est un documentaire et pourtant, on est loin ici des documentaires classiques. Le livre prend la forme d’un grand immeuble. Quand on l’ouvre, on découvre à chaque étage de l’immeuble un appartement différent. Dans chaque appartement, on va voir vivre une famille d’une religion différente. Trois grandes religions sont représentées : musulmane, juive et chrétienne. Au rez-de-chaussée, il y a un épicier athée, qui n’a pas de croyances particulières, mis à part qu’il est très superstitieux ! C’est dans cette épicerie que tous les voisins vont se croiser pour faire leurs courses et acheter de la nourriture casher, hallal, leur œufs de Pâques, etc. C’est donc un lieu de rencontres, un lieu de vie. C’est aussi le lieu où l’on va pouvoir parler des fêtes païennes comme le carnaval, Halloween et d’autres fêtes, ou aborder d’autres religions comme le bouddhisme et l’hindouisme. L’originalité de la forme consiste aussi dans le fait que le livre a des pages découpées, c’est-à-dire qu’on peut feuilleter tout un appartement indépendamment des autres. Nous pouvons, par exemple, lire toute une année de la famille musulmane en découvrant les fêtes qui vont ponctuer chaque saison. De cette manière, nous découvrons les rites liés à la vie de chacune de ces familles comme les fêtes liées à la naissance, à la rentrée en religion, au mariage, aux funérailles, etc.

Comment voyez-vous l’avenir du livre jeunesse papier par rapport au développement de la lecture numérique ?

Pour moi, les deux sont complémentaires. Le numérique s’enrichit du livre jeunesse, et inversement. On voit des livres papier de plus en plus ludiques. Quant au livre numérique, il fait du sens s’il est vraiment enrichi. Notre catalogue, lui, propose des albums pour la plupart dans une forme classique, et nous n’en avons pas fait de versions numériques. Pour moi, l’album papier reste l’un des plus beaux vecteurs pour la lecture. Chaque livre est un objet unique qui nous invite à la contemplation. Il y a toujours cette magie à toucher le papier, à tourner les pages, à se plonger dans l’image… Je crois que les lecteurs d’aujourd’hui et de demain continueront à s’approprier le livre papier.

Est-ce que vous avez un message aux parents des enfants qui aiment lire et à ceux qui l’aiment moins ?

Je pense qu’il faut continuer de regarder et de lire les livres, et ce, dès la plus petite enfance. Car c’est quand même l’un des meilleurs moyens d’acquérir le langage, de l’enrichir, de découvrir et comprendre le monde, et de rêver, bien sûr ! C’est l’outil le plus accessible, il offre une diversité incroyable, une créativité, une richesse que nous n’avons encore jamais eue auparavant. Le livre jeunesse en France a complètement explosé depuis une vingtaine d’années, et il faut en profiter. Je pense que pour devenir lecteur, il faut commencer par être lecteur tout petit.

Vos projets pour l’avenir (ou est-ce un secret) ?

Non, ce n’est pas un secret ! Nous avons prévu de jolis albums pour ce printemps 2016. Viennent de sortir un nouvel album de May Angeli pour les tout-petits autour d’une poule qui veut absolument un bébé. Et un splendide album d’Arthur Geisert, un grand artiste américain, autour d’une tornade qui s’abat, le temps d’un après-midi, sur un paysage américain. Nous aurons également en avril un très beau documentaire autour d’enfants qui ont changé le monde. Ce sont des enfants d’aujourd’hui qui ont refusé la fatalité, ont bouleversé le cours des choses, ont pris leur destin en main et ont entraîné derrière eux des dizaines d’autres enfants ! Le livre s’appellera Les enfants de l’espoir. Igor et Souky vont quant à eux continuer à se promener dans Paris et ses environs, avec la visite du Centre Pompidou et du Château de Versailles, mais ils prendront aussi le train pour visiter la Grotte Chauvet. Nous aurons un joli petit album pour les tout-petits, Papillote, qui raconte très simplement et tendrement le fait de venir au monde et de grandir… Et puis, un nouveau petit conte chinois par les auteurs du Plouf : Les Lapins et la tortue.

Merci beaucoup pour cette conversation très intéressante et longue-longue vie aux Éléphants !

2 décembre 2015, SLPJ de Montreuil, France (mise à jour : mars 2016)

Note : sur la photo en haut de la page, Ilona Meyer à gauche et Caroline Drouault à droite.

Elephants éditions image

La page FB de l’éditeur : https://www.facebook.com/leseditionsdeselephants/?fref=ts


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