Rencontre avec Justine Haré, Éditions Talents Hauts (décembre 2015)

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equipe_thVous connaissez sans doute cette belle maison d’édition qui nous offre des livres remarquables et forts, « des livres qui bousculent les idées reçues » et qui aident à comprendre et à changer le monde qui nous entoure. Je vous propose ici ma conversation avec Justine Haré autour de leur projet éditorial et de leurs publications.

Bonjour, pourriez-vous nous raconter un peu l’histoire de votre maison d’édition ?

La maison d’édition Talents Hauts a été créée en 2005 par Laurence Faron et Mélanie Decourt. Elle possède deux lignes éditoriales : une ligne bilingue sans traduction proposant la lecture en deux langues et l’autre ligne dédiée à la lutte contre les discriminations et contre le sexisme en particulier. Ces deux lignes s’adressent aux lecteurs de tous les âges, c’est-à-dire que nous publions à la fois des albums, des romans illustrés et des romans pour adolescents. Nous avons développé plusieurs collections : une collection d’albums, une collection de contes, une collection de non-fiction, etc. mais nous publions aussi des livres hors-collection.

L’année dernière vous avez fêté déjà 10 ans de votre existence. Combien de livres avez-vous publié pendant cette période ?

Plus de 200 livres. Nous essayons de publier 20 à 25 titres par an. C’est une belle production pour une maison d’édition de la taille de Talents Hauts qui n’a pas fini de grandir.

Quelle est la signification du nom de votre maison d’édition, Talents Hauts ?

C’est une manière de dire que chez Talents Hauts, nous avons la volonté de portez haut les talents que nous présentons, que ce soient des jeunes talents que nous découvrons ou des talents confirmés qui nous ont rejoints. Dans notre catalogue se trouvent à la fois des auteurs et des illustrateurs qui publient leur premier livre, mais également des grands auteurs comme Elisabeth Brami, ou des illustrateurs comme Rémi Courgeon, qui nous ont fait confiance et nous ont apporté des projets.

Comment distingue-t-on vos livres parmi tous les autres sur le marché du livre ?

Je pense qu’on peut distinguer nos livres du reste de la production grâce aux thématiques qu’ils abordent. Comme notre ligne éditoriale est de publier des livres qui bousculent les idées reçues, nos livres portent en eux un message qui peut être celui de l’égalité des sexes mais qui peut aussi porter sur d’autres thèmes. Nous voulons traiter de sujets qui ne sont pas souvent abordés dans la littérature de jeunesse comme le métissage, l’homosexualité ou l’homoparentalité. Nous faisons avant tout de beaux livres, avec des belles illustrations et des belles histoires, mais des livres qui ont du fond.

Le roman « La porte de la salle de bain » de Sandrine Beau publié chez Talents Hauts l’année dernière a eu beaucoup de résonance  dans les médias. Qu’est-ce qu’il y a de particulier dans ce récit ?

Il y a deux choses qui en font un roman vraiment particulier. D’abord, il y a le thème de l’inceste qui n’est pas facile d’aborder en littérature jeunesse. Puis, il y le ton qui est assez singulier parce que l’histoire est racontée du point de vue de la narratrice. Le roman a été créé à la première personne comme tous les romans de la collection Ego, d’ailleurs. Mia, l’héroïne, est une jeune fille qui vit sa préadolescence, qui commence à voir son corps se transformer. Ce qui est étonnant chez elle, c’est son innocence et sa naïveté. Elle réagit comme une enfant de 12 ans et elle trouve des solutions à sa hauteur. Elle n’invente rien, elle fait ce que ferait toute jeune fille de 12 ans : chercher de l’aide auprès de sa mère et de sa grand-mère. Le fait que ce soit Mia qui prenne la parole, qui raconte sa vie et qui partage avec le lecteur ses ruses pour éviter l’intrusion de son beau-père est extrêmement fort et touchant. Je pense que la particularité de ce livre réside dans la légèreté de son ton, malgré le thème qui est très lourd et très sensible. Ce roman est lumineux grâce à la délicatesse de cette enfant de 12 ans, à son humour mais il est angoissant également, car il y a quand-même un malaise, la situation demeure inquiétante.

J’ai beaucoup aimé le roman « Esther & Mandragore » sorti au début de l’année qui ouvre une toute nouvelle collection Zazou. Quelles sont les caractéristiques de cette collection et le but de sa création ?

L’idée est d’attirer vers la lecture des « petits lecteurs » (au sens des statistiques de temps consacré aux activités culturelles) sans les dévaloriser à leurs propres yeux. D’où le slogan de la collection en forme de clin d’œil aux adultes : « La formule magique pour les 8-12 ans ». Et, là encore, quelle meilleure recette que l’humour pour réussir ce pari ? Mais, pour autant, Zazou est une collection de Talents Hauts, pas question donc de publier des textes seulement drôles, ils doivent aussi avoir du fond. Donc Zazou, ce sont des histoires gaies, drôles, contemporaines.

Pourriez-vous présenter vos dernières parutions aux lectrices/lecteurs de Balad’ en page?

En septembre, nous avons lancé une nouvelle collection de romans pour adolescents dirigée par Jessie Magana : Les Héroïques. Le concept de la collection est résumé dans son slogan : « Les héros de l’ombre ont voix au chapitre ». Ce sont donc des romans historiques qui donnent voix à des anonymes de l’histoire, des héros ordinaires qui pourraient être des membres de notre famille, des femmes, des enfants, ou nous tout simplement.

Deux romans sont parus en septembre : « Des cailloux à ma fenêtre » de Jessie Magana, qui aborde le thème de la Résistance et plus particulièrement des femmes résistantes sur l’Île de Sein pendant la seconde guerre mondiale ; et « Les mangues resteront vertes » de Christophe Léon, sur les enfants « volés » de La Réunion. Deux autres titres paraîtront en 2017 : « Quand le monstre naîtra » de Nicolas Michel et « Celle qui voulait conduire le tram » de Catherine Cuenca.

Parmi nos dernières parutions, nous avons aussi une nouvelle aventure d’Esther et Mandragore dans la collection Zazou : « Esther et Mandragore – D’Amour et de magie » qui sortira en librairie le 20 octobre. Dans ce tome, nos deux héros sont encore dans le monde des humains mais ils peuvent désormais communiquer avec leurs amies sorcières. Esther va essayer de répondre aux nombreuses interrogations de ses copines sur la vie dans l’Autre Monde et en particulier sur un sujet crucial : l’Amour !

Quels sont les retours de vos lecteurs ?

Les retours directs que nous avons concernent surtout les romans et proviennent d’adolescents ainsi que de documentalistes et de bibliothécaires, mais également des auteurs qui nous parlent de réactions qu’ils ont reçues sur les salons ou en interventions scolaires. Il s’agit surtout de commentaires sur la collection Ego. Ce que nous disent les documentalistes / bibliothécaires, c’est que les adolescents échangent beaucoup entre eux à propos de ces livres qui les touchent, un bouche-à-oreille se crée et ensuite, ils empruntent à tour de rôle les ouvrages.

Qu’est-ce que vous voulez que le jeune lecteur retienne de vos livres ?

Nous aimerions sensibiliser nos lecteurs aux questions d’égalité, ou au moins, les inciter à se poser ces questions-là. Nous voudrions également mettre en valeur la tolérance, l’ouverture d’esprit, l’acceptation de l’autre, mais aussi l’acceptation de soi. Mais ce que nous voulons avant tout, c’est que le lecteur ait plaisir à lire nos livres, qu’il passe un bon moment de lecture.

Votre livre préféré ?

Oh, c’est difficile !… (rires) Je dirais que « La déclaration des droits des filles » et « La déclaration des droits des garçons ». Ceux-là sont vraiment emblématiques de la maison, de ce que nous sommes ainsi que de mes convictions personnelles.

Merci pour cette conversation très intéressante, nous avons hâte de découvrir vos nouveaux projets ! Je vous souhaite une bonne continuation !

3 décembre 2015, SLPJ de Montreuil, France (mise à jour : octobre 2016)

Note : sur la photo en haut de la page, de gauche à droite : Élise Courtois, Justine Haré et Laurence Faron.

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Le site et la page FB de l’éditeur : http://www.talentshauts.fr/   https://www.facebook.com/talentshauts/?fref=ts

Les livres des éditions Talents Hauts chroniqués sur Balad’ en page : Esther et Mandragore : « Une sorcière et son chat » (2016), « Loin de Léo » (2015), « L’ogre et Marguerite » (2015).


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