L’arrêt du cœur ou comment Simon découvrit l’amour dans une cuisine (2019)

Posted on

Autrice : Agnès Debacker ◊ Illustratrice : Anaïs Brunet ◊ Éditeur :  MeMo  

Collection : Polynie ◊ Directrice de collection :  Chloé Mary 

Public visé 9 ans et plus ◊ Thème : amitié, mort, enquête, Histoire, secret, amour

Présentation par l’éditeur : Depuis que Simone n’est plus là, Simon vient chaque jour dans la minuscule loge de Françoise, la concierge de son immeuble, pour boire un petit jus et, surtout, pour entendre l’histoire de Simone. Trois coups de sonnette, le murmure de la radio dans la cuisine, la tête de Simone dans son café au lait. Le cri de Françoise. Simone est morte d’un arrêt du cœur, et Simon, lui, a beaucoup de mal depuis avec son cœur en peine. Simon et Simone, c’était les deux faces d’une amitié folle, les gâteaux immangeables au gingembre, la bougie qui pète, les sauts endiablés sur les canapés et les danses à deux sur Hector la Pizza. Et aussi, leur objet magique : leur théière à vœux, remplie à ras bord de petits papiers. Alors, soudain, Simon se dit que cette théière peut faire beaucoup pour son âme triste. Il doit la récupérer chez Simone. Il doit lire tous les secrets écrits. Simon ne sait pas encore qu’une cuisine encombrée peut renfermer un grand et beau mystère.

Quand une théière cache tout un univers

« Je me souviens de nos petites cérémonies. Simone n’était jamais aussi sérieuse que lorsqu’elle déposait son billet au fond de la théière. Ensuite, elle tassait les petits papiers blancs « pour qu’il y ait toujours de la place », disait-elle. Et pour finir, avec une grande délicatesse, qui ne lui ressemblait pas vraiment, elle reposait le couvercle. Le petit tintement dû à l’entrechoc résonne encore dans mes oreilles. J’aimais beaucoup ce bruit. Il signait la fin de la cérémonie et l’étendue des possibles : nos souhaits étaient à présent entre de bonnes mains, ne restait plus qu’à attendre qu’ils se réalisent. »

Quelques pensées autour de cette lecture

Un cœur qui s’arrête sans prévenir

Depuis que le cœur de Simone s’est arrêté, le cœur de Simon n’arrête pas de chercher une réponse qui expliquerait la frontière fragile entre la vie et la mort :

« Comment fait-on pour se porter comme un charme le mardi, démarrer sa journée du mercredi avec une bonne tartine de confiture aux framboises et s’effondrer dans son bol de café au lait quelques instants plus tard, sans vie? »

Comment est-ce possible que l’on passe si vite d’une vie avec Simone dans une vie sans Simone ? Simone, sa voisine et sa nounou tant aimée… Comment est-ce possible que cette porte lourde de son appartement continue d’exister sans Simone ? Que ces murs au « papier peint couleur vert moutarde » continuent de respirer sans Simone ? Que ces objets familiers conservent « l’odeur unique de chez Simone » sans Simone ? Car il y a encore quelques jours, ils ont mangé des « gâteaux aux fruits confits immangeables » avec Simone, ils ont partagé des fous rires et des danses folles avec Simone, la vie était si pleine et naturelle avec Simone… Comment réunir aujourd’hui ces deux existences, avec et sans Simone ?..

©Editions MeMo

Chercher Simone dans une théière à vœux

Simon vogue dans le grand vide du manque laissé par Simone, parmi les morceaux de souvenirs tenaces, les éclats de joie évanescents et les vagues de chagrin oppressantes. Avant qu’un souvenir précis lui tende la main, et Simon s’y accroche avec toute la force désespérée d’une enfance confrontée pour la première fois à la grave réalité de la mort. La théière rouge émaillée, un objet unique appartenant à Simone et à leur passé pétillant.  La théière rouge émaillée, débordante de vœux et de désirs ajoutés au fil des années pour tenir au chaud l’espoir et la certitude de leur réalisation.

Simon a une envie urgente de récupérer cette théière, même si pour le faire, il lui faudra traverser le terrain désert de l’appartement de Simone. Ce territoire où la mort a laissé son empreinte malgré la vivacité de sa mémoire, malgré sa connaissance des lieux. C’est ici, pendant cette traversée, depuis la porte d’entrée jusqu’à la cuisine, que Simon va vraiment réaliser l’irréversibilité de la disparition de sa chère amie. Cette traversée raisonnant de doute, de peur et d’une immense tristesse est aussi un passage nécessaire vers l’acceptation de la vulnérabilité de la vie et vers la maturité d’un enfant qui grandit. En tête-à-tête avec cette théière, ce témoin silencieux des « petites cérémonies » du dépôt de leurs souhaits pliés, Simon comprend qu’il ne peut plus reculer : il doit lire ces bouts de papier. Et il les déplie, l’un après l’autre.

Les vœux de quatre différentes personnes s’échappent doucement de la théière. Et parmi ces souhaits, ceux de Simone, inattendus, entêtés, mystérieux, à l’odeur épicée méditerranéenne. Qui réveillent quelque chose en Simon – une faim de savoir, de découvrir l’autre Simone, celle qu’il n’a pas connue. Simon entame ainsi un voyage mémorable dans le passé pour rencontrer enfin la vraie Simone…

©Editions MeMo

Une histoire comme un bon thé parfumé

Agnès Debacker fait infuser son histoire avec des feuilles de mots doux, veloutés, délicats qui ne manquent pourtant pas de conter la vérité de la vie. Ses mots sont sincères et poétiques, prudents et spontanés, séchés à l’ombre d’une réflexion intense, trempés dans une chaleur humaine bienveillante. L’autrice laisse la parole à Simon, et lui, l’excitation et la douleur mêlées, fait couler ses pensées, ses suppositions et ses perceptions avec une logique d’enfant honnête et émouvante. Et c’est ici que se trouve la formidable puissance de son récit qui touche profondément les lecteurs de ce roman. Le secret de Simone, d’abord sucré par l’amour, puis rendu amer par l’Histoire, prend une saveur spéciale pour Simon. Baigné dans le silence pendant des années, elle révèle toute la beauté et la tristesse de la vie. Après une cérémonie soigneusement préparée, Agnès Debacker, en vraie maîtresse de thé, nous offre ici une lecture à la texture onctueuse, au goût relevé, à une synergie aromatique fervente et vivifiante.

©Editions MeMo

Le récit est servi par les couleurs pastel d’Anaïs Brunet, versées sur les mots et les phrases du roman dans un flot gracieux avant de se transformer en images épurées et esthétiques, imprégnées d’un symbolisme poignant, poétique. Sous la main délicate de l’illustratrice, les dessins deviennent une force oxygénante de l’histoire. Ils retranscrivent chaque respiration de Simon en prolongeant ses réflexions et ses sentiments au-delà de ses paroles, dans une dimension insaisissable. Impossible de tourner les pages sans revenir invariablement sur ces îlots flottants de rouge et rose, de gris et bleu, de noir et blanc qui permettent au lecteur de se joindre à Simon imperceptiblement pour mieux comprendre ce qu’il vit. Le ressentir aussi.

Une histoire magnétique marquée par un suspense intriguant que les jeunes lecteurs sauront apprécier. Une histoire humaine aux yeux curieux, à l’ouïe fine et au cœur qui bat pour célébrer la vie. Une histoire savoureuse à glisser dans notre théière de lectures préférées pour la partager avec les autres à l’heure du thé.

Une autre perle étincelante du magnifique collier de la collection Polynie dirigée par Chloé Mary. A ne pas manquer !

©Editions MeMo

AUTRICE  :

Et si la vie n’était qu’un grand et vaste chantier ? Pour un écrivain tel que Agnès Debacker, cela signifie bâtir des romans pour enfants (entre autres, Ma chère Alice), retaper une maison où trône désormais une baignoire fixée majestueusement par ses soins, animer ses cours de formatrice autour de l’enfance. Pierres après petits cailloux, à force de désirs, participer à la grande architecture littéraire avec ce souhait renouvelé de « changer un tantinet le regard sur le monde ». (Source : le site de l’éditeur)

ILLUSTRATRICE :

Dans l’atelier d’Anaïs Brunet vivent fugacement des pages blanches sans crainte de leur peau vierge (tous les chemins mènent à l’art), des entrecroisements curieux et cultivés nourris par ses lectures et écoutes (des livres comme des étouffoirs à chagrin et France Musique en boucle), des mondes patients qui connaissent le lent travail de construction (du fait de sa formation d’architecte, spécialisée en scénographie). Ainsi naissent des albums très remarqués (Belle maisonBelle année, éditions Sarbacane) dans lesquels la spatialité devient « un espace en trois dimensions à investir, un terrain à bâtir, une pièce nue à meubler ». Un jour d’enfance, dans le premier atelier, entre deux verres de Coca, elle a saisi la liberté de faire, ce lieu-temps d’entrée dans un nouveau monde à orchestrer, la nécessité aussi de préserver le hors-champ de l’autre. Un pied dedans, un pied dehors, la joie pure au seuil. (Source : le site de l’éditeur)

Site Internet : https://anaisbrunet.com/

ÉDITEUR :

Les Editions MeMo furent créées en 1993 par Christine Morault et Yves Mestrallet. D’où le nom MeMo. Ils ont commencé par publier deux livres par an, et en proposent maintenant de 25 à 30 par année. Memo a un visage ouvert: ils aiment la poésie, le jeu, une esthétique spartiate, et prennent des risques! Ils savent aussi accorder leur chance à des nouveaux-venus de talent. Et parfois redonnent vie à quelques classiques. (Source : Ricochet)

Site Internet : https://www.editions-memo.fr/

Découvrir la collection Polynies : https://www.editions-memo.fr/collection/polynies/

L’entretien avec  Agnès Debacker : http://nouvellesdepolynies.blogspot.com/2019/02/agnes-debacker-avoir-une-aventure-le.htmlhttp://nouvellesdepolynies.blogspot.com/2019/02/agnes-debacker-linconnu-de-lhistoire.html

L’interview d’Anaïs Brunet : http://nouvellesdepolynies.blogspot.com/2019/02/entoutes-dimensions-avec-anais-brunet.html

COUP DE CŒUR

Recommandé pour :

Lecture partagée/individuelle étoile_baladenpageétoile_baladenpageétoile_baladenpageétoile_baladenpageétoile_baladenpage

Note : Merci à Chloé Mary, Agnès Debacker et aux éditions MéMo pour cette lecture !


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *